Nature - N°71 - Janvier/Février 2006

Sauver le vison d’Europe

Parmi les espèces en voie de disparition, on parle peu du vison d’Europe. Pourtant en France, ce petit mammifère a perdu 50 % de son aire de répartition en vingt ans et n’est plus présent que dans sept départements du Sud-Ouest.

 

sl71-12ar.jpgCourt sur patte, à peine plus gros qu’un furet, le vison d’Europe semble bien moins impressionnant qu’un loup ou qu’un ours. Alors que les médias braquent régulièrement leurs projecteurs sur ces deux espèces en voie de disparition, le Mustela lutreola ne fait jamais la une des journaux. Pourtant, ce petit mustélidé de la famille de la loutre compte parmi les trois espèces de mammifères les plus menacées en Europe*.

Au siècle dernier, il était signalé dans la majeure partie du Vieux Continent. Depuis, il n’a cessé de régresser, disparaissant tour à tour d’Allemagne, de Hongrie, de Tchécoslovaquie, d’Autriche, de Hollande, de Pologne et d’Ukraine. Aujourd’hui, il ne subsiste que deux noyaux de population. Le plus important, estimé à 40 000 individus, est situé en Russie centrale et orientale. Le second est localisé dans le Sud-Ouest de la France et dans le Nord de l’Espagne.

En France, la régression a été très rapide. Au début du vingtième siècle, le vison d’Europe était présent dans 38 départements. Dans les années cinquante, il ne se rencontrait plus que sur la façade atlantique, de la Bretagne aux Pyrénées-Atlantiques, avant de n’être plus signalé que sur un peu plus d’un dixième du territoire national dans les années quatre-vingt.

De 1991 à 1997, une étude fine a démontré que la situation du mustélidé était particulièrement préoccupante puisqu’on ne le retrouve aujourd’hui que dans sept départements du Sud-Ouest : la Charente, la Charente-Maritime, la Dordogne, la Gironde, le Lot-et-Garonne, les Landes et les Pyrénées-Atlantiques. L’estimation des effectifs reste difficile mais il est probable que le nombre d’individus se compte en centaines plutôt qu’en milliers.

 

Menaces multiples

 

La régression du vison d’Europe n’est pas explicable par une cause unique. De multiples facteurs se sont conjugués au fil du temps pour lui porter atteinte. Historiquement, il était très prisé pour sa fourrure. Mais depuis 1976, l’espèce est protégée. Les manteaux, manchons et autres toques sont désormais confectionnés à partir de vison d’Amérique dont l’élevage s’est développé en France à partir de la fin des années vingt.

Cependant, des animaux se sont parfois échappés des fermes d’élevage et se sont acclimatés dans les milieux naturels. Une enquête réalisée en 1999 a permis de constater que les visons d’Amérique retournés à la vie sauvage se trouvent principalement en Bretagne, dans le nord du département de la Charente et sur le réseau hydrographique de l’Adour, dans les départements des Hautes-Pyrénées, des Pyrénées-Atlantiques, du Gers et des Landes, là où vit le dernier noyau de visons d’Europe.

Cela pose un certain nombre de problèmes. Le vison d’Amérique occupe en effet la même niche écologique que son cousin local. Il introduit en outre des agents pathogènes, tels que la maladie aléoutienne, auxquels le vison d’Europe résiste moins bien. Enfin, dans les régions où il est présent, des campagnes de destruction sont organisées et il y a alors un risque important de confusion entre les deux espèces.

La lutte contre les indésirables est généralement défavorable au vison d’Europe. Dans les départements où le putois est classé nuisible, il existe un risque d’erreur d’identification de la part des piégeurs. Le ragondin et le rat musqué sont généralement régulés par des traitements chimiques (carottes empoisonnées). Le mustélidé, pour qui ces deux espèces constituent des proies de choix, est donc régulièrement victime d’intoxications secondaires, par ingestion d’animaux contaminés. Les ragondins sont également traqués à l’aide de pièges tuants qui ne sont malheureusement pas sélectifs et où toutes les espèces peuvent se faire prendre.

L’autre grande cause du déclin du vison d’Europe vient de la destruction de son habitat. Le mammifère est inféodé aux zones humides. Dans la seconde moitié du vingtième siècle, la dégradation de ces espaces, souvent asséchés pour devenir des terres agricoles, lui a été très préjudiciable.

Enfin, les infrastructures routières peuvent être très meurtrières. Sur l’ensemble des visons retrouvés morts dans la région ces dernières années, 66 % avaient été écrasés. Si le nombre total de visons victimes de collisions est difficile à estimer, tout facteur supplémentaire de mortalité s’exerçant sur cette population fragilisée peut rapidement conduire à une situation irrémédiable.

 

Mission vison d’Europe

 

Devant cette hécatombe, le ministère de l’Aménagement du territoire et celui de l’Environnement ont mis en place un plan national de restructuration de l’espèce. Ils ont confié cette tâche à la Société française d’étude et de protection des mammifères (SFEPM) qui a créé une «Mission vison d’Europe». «Son ambition est non seulement de stopper le déclin actuel, mais également de permettre la recolonisation d’au moins une partie des territoires perdus ces dernières années», explique Pascal Fournier, responsable de la mission vison d’Europe.

Le premier plan s’est déroulé de 1999 à 2003. Il avait pour objectif de poursuivre et développer les recherches en cours afin d’approfondir les connaissances relatives aux exigences écologiques et aux causes de la régression du vison d’Europe, d’assurer la protection et la restauration de ses habitats et de combattre les causes directes de mortalité et les facteurs de déclin pressentis.

Le second plan, qui aurait dû prendre le relais est toujours en cours de rédaction. Les financements ne sont pas faciles à trouver. Néanmoins, Pascal Fournier estime être «en phase transitoire» et les actions sont poursuivies.

Ainsi, en octobre 2004, les «journées techniques sur la conservation du vison d’Europe», organisées en partenariat par le ministère de l’Ecologie et du Développement durable, la région Aquitaine, le Conseil général des Landes, l’Agence de l’eau Adour-Garonne et la société Scétautoroute, se sont déroulées à Moliets. S’adressant principalement aux gestionnaires de milieux naturels, une quarantaine de spécialistes français et espagnols se sont relayés, axant leurs communications autour de quatre grands thèmes : la protection des zones humides, la gestion des cours d’eau, la régulation des animaux nuisibles et l’aménagement des infrastructures de transport. «Cela a été un véritable succès, reprend Pascal Fournier, nous avons eu près de trois cents participants sur quatre jours.»

Cette affluence semble prouver un regain d’intérêt pour le petit animal à fourrure. Des actions de plus en plus visibles sont entreprises dans le but de le sauvegarder. Dernière en date : l’arrêt du chantier de la déviation d’Aire-sur-l’Adour (dans le cadre de la liaison rapide deux fois deux voies reliant Bordeaux à Pau), suite au dépôt d’une plainte anonyme reprochant au tracé envisagé de ne pas respecter l’habitat potentiel du vison d’Europe. Après un an d’arrêt, le chantier a pu reprendre en octobre, mais avec un tracé légèrement différent, laissant tout loisir au mustélidé de venir se réinstaller sur place !

 

* Les autres espèces très menacées sont le lynx pardelle et le phoque moine.

 


Difficile de ne pas se tromper

 

Rien ne ressemble plus à un vison qu’un autre vison… à part peut-être un putois !

 

Si le vison d’Europe est une espèce protégée depuis 1976 et que l’Union européenne l’a classé comme espèce prioritaire de la Directive sur la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvage, il n’en est rien pour le vison d’Amérique, ni pour le putois d’Europe. Dans certains départements, ces deux mammifères sont même considérés comme nuisibles et font, à ce titre, l’objet de campagnes de régulation.

Or lors de ces campagnes, les piégeurs confondent parfois les espèces, avec le risque d’affaiblir un peu plus encore la si fragile population des visons d’Europe. Il est vrai qu'il peut s'avérer difficile de faire le distinguo entre les trois.

La taille peut constituer un premier élément de comparaison. Un vison d’Europe femelle pèse de 400 à 650 g et un mâle de 600 à 1 200 g. Le putois est un peu plus gros, de 500 à 900 g pour une femelle et de 700 à 1 600 g pour un mâle. Le vison d’Amérique est le plus imposant des trois : madame pèse de 550 à 1 000 g, tandis que monsieur varie de 800 à 2 000 g.

Mais selon l’âge des spécimens rencontrés, il n’est parfois pas possible d’établir cette comparaison. La première chose à faire est donc «d’observer le museau», indique Pascal Fournier, responsable de la mission vison d’Europe. Après avoir vérifié qu'il n'est pas souillé par de la terre ou du sang, «s’il n’y a pas de blanc sur la lèvre supérieure, c’est un vison d’Amérique».

Dans le cas contraire, reste à déterminer s’il s’agit d’un vison d’Europe ou d’un putois. Et paradoxalement la tâche est presque plus ardue. Désormais, c’est «la tête et les couleurs de l’animal» qu’il faut regarder. Le putois se caractérise par un masque facial jaunâtre entre les oreilles et les yeux alors que le vison d’Europe n’en a pas. Cependant, ce signe distinctif n’est pas toujours présent chez les jeunes putois et chez certains adultes. Reste donc le poil de bourre (le sous-poil) : celui du putois est jaune tandis que celui du vison d’Europe est brun-gris.

En tout état de cause, en cas de capture ou de découverte d’un de ces trois animaux, vivant ou mort, il est important de contacter la mission vison d’Europe pour lui permettre de poursuivre ses recherches.

Numéro Azur : 0 810 001 575 (coût d’un appel local)

 

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Vison d'Europe (Mustela lutreola)

 

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Vison d'Amérique (Mustela vison)

 

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Putois d'Europe (Mustela putorius)

 

Photos : Pascal Fournier

Commentaires des internautes
Pongo - le 31/05/2010 à 14:40
Bonjour,
Je m'étonne de ce commentaire sur le vison animal de compagnie suite à un article visant à alerter l'opinion sur le cas alarmant du vison européen. Car le vison d'Amérique est l'un des responsables du déclin du vison d'Europe (échappés de visonnières à fourrure). Or, nous connaissons tous le taux élevé d'abandon d'animaux de compagnie et élever un vison 'de compagnie' est beaucoup plus ardu qu'un chat, un chien ou un cochon d'Inde. N'est-ce pas aller à l'encontre de la protection du vison d'Europe et quelque peu inconscient que d'encourager l'adoption de visons d'Amérique alors que le vison d'Europe est aujourd'hui sur le fil de l'extinction ?
irvel - le 13/08/2010 à 01:19
le commentaire initial avec l'adresse d'un forum et d'un site commercial vendant des visons américains, me semble totalement déplacé et même presque indécent.

Se faire une publicité gratuite en profitant d'un article sur le vison d'Europe, c'est quand même limite, n'y a-t-il pas de modération ?
Admin - le 15/08/2010 à 11:03
Suite aux commentaires d'Irvel et Pongo, le message contenant les liens sur le vison en tant qu'«animal de compagnie» a été supprimé.
david - le 25/11/2010 à 17:11
Continuer à avoir des élevages de visons d'Amérique pour avoir de la fourrure devrait être interdit; je ne comprends pas comment on a le plaisir de s'offrir de la fourrure d'un animal élevé et mis mort juste pour de la fourrure, c'est vraiment ringard ! On ferait mieux de laisser ce cousin éloigné dans son biotope, c'est à dire en Amérique.
Puisque ce qui devait arriver arriva : quelques uns des ces mustélidés américains ont finit par s'échapper et sont allés empiéter sur le territoire de notre pauvre vison d'Europe plus petit et moins agressif ! Encore la bétise humaine qui a veut faire du vivant une industrie, sans contrôler les conséquences quand les animaux exploités s'échappent;
jean michel - le 05/11/2016 à 21:18
jen au vue dan les departement 36 et 87
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